Sécheresse et culture de la pastèque au Togo : un avenir en péril ?

Longtemps considérée comme une culture de rente prometteuse dans le sud et le sud-est du Togo, notamment dans les zones de Vogan, Kévé ou encore Aného, la pastèque subit aujourd’hui de plein fouet les effets du changement climatique. Les vagues de chaleur prolongées, les pauses pluviométriques imprévisibles et l’irrégularité des saisons compromettent gravement les récoltes.

Ces conditions extrêmes transforment des terres fertiles en champs stériles et sèchent les cultures avant leur maturité. Des milliers de plants de pastèque sont ainsi perdus chaque année, menaçant les revenus de nombreux petits exploitants.

En moyenne, un hectare de pastèque bien irrigué peut générer près d’un million de francs CFA de revenus bruts. Mais ces revenus potentiels deviennent illusoires sans pluies suffisantes ou systèmes d’irrigation fiables. Les pertes économiques se chiffrent en millions de francs CFA par saison, pour des producteurs souvent sans soutien technique ou financier.

Le manque d’infrastructures d’irrigation dans les zones rurales est criant. La plupart des agriculteurs doivent parcourir plusieurs kilomètres pour puiser manuellement de l’eau. Les systèmes d’irrigation goutte-à-goutte, pourtant efficaces et économes, restent inaccessibles pour beaucoup en raison de leur coût initial.

Face à cette réalité, des experts du CILSS et de l’ITRA recommandent l’investissement dans des forages équipés de pompes solaires, ainsi qu’une meilleure planification des cultures selon les prévisions météorologiques fiables.

Malgré les efforts du gouvernement – comme l’aménagement de 3 000 hectares de bas-fonds et la distribution de 3 500 kits d’irrigation dans le Bas-Mono – les résultats restent en deçà des besoins.

Pour Dindiogue Konlani, du ministère de l’Agriculture, ces efforts doivent s’inscrire dans une stratégie durable : périmètres irrigués permanents, accès au crédit agricole et développement de filières adaptées aux nouvelles conditions climatiques.

Face aux dérèglements climatiques, des solutions innovantes comme l’agroforesterie gagnent du terrain. Cette pratique permet de renforcer la fertilité des sols, de réduire les effets de l’érosion et de maintenir l’humidité des terres.

De plus en plus d’agronomes appellent à la diversification des cultures, en intégrant des variétés résistantes à la sécheresse et en valorisant les essences fertilisantes. Cela pourrait transformer l’agriculture togolaise en système plus résilient et durable.

Face aux risques croissants, l’assurance agricole apparaît comme un levier important pour protéger les producteurs contre les pertes liées aux aléas climatiques. Pourtant, peu d’agriculteurs y ont accès, faute de sensibilisation, de mécanismes adaptés ou de structures de crédit associées.

Selon un rapport de la BOAD, les assurances agricoles doivent être intégrées à une approche globale incluant formation, crédit, et accompagnement technique pour renforcer leur efficacité.

La situation dramatique de la culture de la pastèque au Togo reflète un enjeu bien plus vaste : celui de l’avenir de l’agriculture face au changement climatique. Entre urgences conjoncturelles et solutions structurelles, c’est toute une filière qui doit être repensée, autour d’une vision centrée sur la résilience, l’innovation et la solidarité.

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